Mme Kuster est entrée en campagne contre son collègue Monsieur Debré. En effet, délaissant la partie Est de l'arrondissement, elle préfère s'opposer à ce dernier dans une circonscription Ouest confortable pour la droite, plutôt que d'affronter Annick Lepetit sur la 3e circonscription, où pourtant elle était candidate les deux législatives précédentes. Les électeurs de l'Ouest intéressent donc beaucoup plus Mme Kuster que les électeurs de l'Est de notre arrondissement. Ils ne devaient être qu'un pis-aller pour elle à l'époque. Et Mme Kuster reproduit donc les mêmes abandons que Mme de Panafieu en son temps. Les habitants de l'Est apprécieront, j'en suis sure...
Elle se révèle donc tout à coup pasionaria du droit des femmes en politique, limité certes à son cas personnel. Personne n'aura oublié qu'il y a à peine quelques mois, elle a tout fait pour faire perdre Catherine Dumas, son siège de sénatrice au profit d'un Monsieur Charon, et elle a parfaitement réussi...
Tout cela pourrait être uniquement consternant, si l'ambition de Mme Kuster ne la poussait à faire feu de tout bois pour se faire remarquer. Il y a peu, elle a donc demandé au Préfet de police, à grand renfort de communiqué, de promulguer un arrêté anti-mendicité pour deux artères du 17e, l'avenue de Wagram et l'avenue des Ternes, "à propos des difficultés qu'engendre la présence de plus en plus nombreuse de Roms et de personnes sans abri dans ce secteur".
Pour complaire à une partie de son électorat, elle fait le choix de stigmatiser toute une communauté mais également les personnes les plus démunies qui subissent une misère terrible. Cela est déjà scandaleux en soi dans tout ce que cela sous-entend. Mais c'est également pitoyable de penser qu'il suffirait d'éloigner la misère de quelques rues pour résoudre les problèmes. C'est surtout parfaitement hypocrite. Et cela permet de ne pas avoir s'interroger sur l'origine de cette misère et sur les solutions qu'il faudrait mettre en place : hébergements d'urgence, aides aux associations humanitaires, aux enfants... Toutes choses il est vrai que le gouvernement que soutient Mme Kuster se refuse à faire.
Elle justifie sa décision par la soi-disante agressivité de la mendicité. Mais qu'est-ce donc ? S'agit-il d'une véritable agression ou bien d'une personne qui vous suit sur plusieurs mètres en insistant "donne-moi, donne-moi" ?
Dans le deuxième cas, certes, cela peut être enquiquinant... surtout si on n'a pas l'intention de donner... mais est-ce que cela justifie de les punir - pour leur désespoir - d'une amende qu'ils n'auront pas les moyens de payer ? Il s'agit avant tout de dire "cachez cette misère que je ne saurais voir et qui m'indispose".
Dans le cas d'agressions caractérisées, ma foi, j'ose croire qu'il y a suffisamment de lois pour que la police puisse faire son travail. Qu'il y ait suffisamment de moyens humains, cela est plus douteux, et ce n'est pas un arrêté qui assurera plus de présence sur le terrain. Mais là encore, c'est au gouvernement que Mme Kuster devrait s'adresser.
Elle mentionne également des réseaux mafieux. Fichtre, elle pense donc qu'un arrêté anti-mendicité localisé sur deux rues va permettre à la police de démanteler ces réseaux ?
Non, peu importe que sa proposition soit scandaleuse ou inefficace, la seule chose qui l'intéresse est de flatter quelques électeurs et de prendre quelques voix à Monsieur Debré. Quant aux électeurs du 17e Est, ils ne méritent même pas que l'on use ce genre de procédé pour eux. C'est bien simple : eux la misère, ils peuvent la côtoyer et même la vivre...
Au final, avec son arrêté anti-mendicité, Mme Kuster s'est moquée aussi bien des électeurs de l'Ouest que visiblement elle croit crédules, que des électeurs de l'Est qu'elle délaisse.
Quant à tous ceux qui souffrent de la misère, ils méritent mieux que ce mépris. Ils méritent de véritables politiques publiques. Beaucoup de mesures ne sont que palliatives, malheureusement. Mais au moins, il faut cesser leur casse savamment orchestrée.