mardi 13 novembre 2012

Fausse polémique sur la couverture du périphérique

La pétition est devenue la pratique de communication préférée de la droite du 17e. La dernière en date – on doit en être à la 4ème ou 5ème - concerne la couverture du périphérique de la Porte Champerret.   Cette polémique est née du passage en Conseil de Paris d’octobre d’un avenant au Contrat particulier 2009-2013 entre la Région Ile-de-France et le Département de Paris. Il est dit dans cet avenant que « la réalisation (de la couverture) n’est pas envisagée en 2013 ; de fait l’enveloppe de 10 M€ peut être redéployée. »
Et en effet, la réalisation de la couverture n’est pas prévue en 2013. Il parait dès lors de bonne gestion de redéployer le montant sur d’autres opérations réalisables ou en cours.

S’agit-il pour autant d’un abandon définitif ? Non, cela n’est pas le cas. La vérité est que pour l’instant les budgets nécessaires à la couverture du périphérique n’ont pu être trouvés. Mais le souhait reste de la faire à terme.

Pour que chacun comprenne bien, il me semble important de faire un rappel historique et financier.

Les couvertures du périphérique parisien, inscrites au contrat de plan État-région 2000-2006 (CPER), signé le 8 mai 2000, concernaient trois secteurs : la porte des Lilas, la porte de Vanves et les secteurs de la porte des Ternes et de la porte de Champerret (17e). L'enveloppe allouée à ces projets s'élevait alors à 174M€ HT, soit 207,8 M€ TTC (hors aménagements de surface et de voirie aux abords) :
  • dont 61 M€ à la charge de la Région
  • dont 61 M€ à la charge de l'Etat
  • dont 51,8 M€ à la charge de la Ville de Paris

Par la suite, sur ce budget de 174M€  prévus pour les 3 portes, la couverture des 2 premières portes (Vanves et Lilas) a coûté en réalité 156 M€ HT bien au-delà du budget initial !

Ce qu’il faut savoir, c’est que le gouvernement de l’époque, proche de la droite du 17e, n'a pas contribué financièrement à l'opération de la Porte de Vanves contrairement à ses engagements. Il a demandé à la Ville Paris de prendre en charge sa participation ; ce que la Ville a fait. Il s’était alors engagé à reporter sa participation financière sur l'opération du secteur Ternes et Champerret.
Malheureusement, par la suite, le gouvernement de droite a refusé pendant des années de garantir sa participation.

Ce n’est qu’en septembre 2008, soit plus de 2 ans après la fin du contrat  du plan, qu’il a annoncé que les 35M€ dû par lui seraient financés (et j’utilise le conditionnel à dessein) dans le cadre de la programmation de l'Agence de Financement des infrastructures de Transport de France (AFITF). Or les caisses de l'AFITF étaient pratiquement vides, comme son secrétaire général le rapportait à l’époque, et l’organisme n’avait absolument pas de quoi tenir la promesse de l’Etat !!! Il ne s’agissait bien que de 35M€ en monnaie de singe !

En plus de cet imbroglio financier est venu s’ajouter des modifications substancielles au programme d’origine qui a encore renchérit le coût de l’opération sur le 17ème.

Au départ, la couverture du périphérique dans le 17e concernait au départ deux secteurs distincts :
1/ La Porte des Ternes (180 m entre l'avenue de la Porte des Ternes et le Stade Paul Faber).
  • Linéaire couvert résultant : 440 m (compris ouvrages existants, stade notamment)
  • Surface créée : 9 700 m2 environ (hors talus)
2/ la Porte de Champerret (280 m entre la rue du Caporal Peugeot et la rue de Courcelles).
  • Linéaire couvert résultant : 985 m (compris ouvrages existants)
  • Surface créée : 14 000 m2 environ (hors talus)

La concertation avec les habitants a conclu à une couverture continue (soit 1,7 km) prenant en compte le tronçon Porte de Villiers. L'opération est donc devenue beaucoup plus ambitieuse qu'au départ. Etant donné la longueur de la couverture, on rentre désormais dans les normes Tunnel du Mont Blanc avec extracteurs de fumée. Le budget global initialement chiffré à 76 M€, est passé à 195M€ (valeur 2000), et atteint aujourd'hui 271 millions d'euros en valeur 2014.
Il existe donc un vrai problème de financement du projet, l’Etat n’apportant au mieux que 35 M€ (d’argent toujours virtuel puisque jamais fléché)  et la région 15M€. En construisant 40 000 m2 de bureaux et 50 000 m2 de logements, le bilan d’aménagement de la couverture pourrait éventuellement rapporter 40 M€, étant entendu que pour atteindre ce montant, il faudrait envisager  des immeubles de taille imposante.

Si on se base sur les chiffres en valeur 2000, soit un projet à 200 M€, on aboutirait au plan de financement suivant :
Etat :                                           35 M€
Région :                                       15 M€
Excédent du bilan d’aménagement : 40 M€
Ville :                                         110 M€      (et beaucoup plus si on se base sur les valeurs 2014)

Alors effectivement, pour l’instant la Ville de Paris n’a pas les moyens de financer un tel projet, mais n’exclut pas de la faire lorsque la conjoncture économique le permettra. Et le 17ème n’est pas le seul arrondissement concerné par cette mise en suspension de la couverture du périphérique, le 20ème également.

En attendant, la Ville étudie néanmoins toutes les possibilités pour limiter les nuisances liées au périphérique.

Pour réduire la pollution, la Ville a demandé l’autorisation au gouvernement de réduire à 70km/h la vitesse sur le périphérique. En effet, il se trouve que cette vitesse correspond à la vitesse optimale pour les véhicules légers en matière d’émissions de polluants. L’autre avantage de cette mesure étant la baisse des décibels de l'ordre de 1 à 1,5 dB (c'est-à-dire comme s'il y avait 20% de véhicules en moins) et une sécurité accrue (réduction de la distance d’arrêt, nombre et gravité des accidents en baisse).

Pour réduire spécifiquement le bruit, la Ville de Paris expérimente à la Porte de Vincennes, en partenariat avec Bruitparif, l’Observatoire du bruit en Ile-de-France, de nouveaux revêtements moins bruyants sur les chaussées et bretelles du Périphérique. Les retours actuels des riverains sont très bons et l’on attend de savoir si ces nouveaux revêtements résistent bien à l’hiver pour étendre ce dispositif. La création de mur anti-bruit doit aussi être envisagée pour le confort des riverains, et c’est ce que nous défendrons pour le 17ème.

Enfin, il n’en reste pas moins que la couverture du périphérique reste une volonté de la Ville mais qu’elle ne pourra s’envisager que lorsque les conditions économiques le permettront.